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Les participants suivent une discussion au Forum économique mondial de Davos en 2025.
Les participants suivent une discussion au Forum économique mondial de Davos en 2025.

Les participants suivent une discussion au Forum économique mondial de Davos: la durabilité fait l'objet d'un débat, mais passe de plus en plus au second plan. Photo: Keystone

Économie

Une question de survie – même pendant le WEF

La durabilité n'a en aucun cas disparu de l'agenda, pas même lors du Forum économique mondial qui se tiendra la semaine prochaine à Davos. Les vents contraires soufflent toutefois fort. Mais ce qui est négligé aujourd'hui mènera à la crise de demain.

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Une question de survie – même pendant le WEF

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Comment promouvoir le développement durable alors que les conflits géopolitiques, les incertitudes économiques et les polarisations sociales ne cessent de s'intensifier? Cette question occupera également les personnalités influentes et puissantes présentes au Forum économique mondial (WEF) de cette année. Dans le cadre idyllique des montagnes de Davos, la durabilité figurera à nouveau en tête de l'ordre du jour du 19 au 23 janvier 2026.

Le dialogue en période de conflits L'accent sera mis sur des thèmes mondiaux récurrents tels que la protection du climat, la résilience des chaînes d'approvisionnement, la croissance responsable et la sécurité énergétique. En période de crise notamment, il apparaît clairement que la durabilité n'est pas un luxe, mais une condition préalable à la prospérité et à la stabilité à long terme. Le WEF de la semaine prochaine entend jeter des ponts entre le Nord et le Sud, la politique et l'économie, la gestion des crises à court terme et les objectifs à long terme. Cependant, les organisateurs doivent eux-mêmes s'interroger sur l'empreinte écologique de ce méga-événement. Le WEF tente toutefois de prendre des mesures pour contrer cela, avec des processus respectueux du climat et des projets de compensation carbone. Cette année encore, des positions très différentes s'affrontent à Davos: tandis que les uns misent sur la transformation et la croissance verte – voir à ce sujet l'interview de Thomas Vellacott, PDG du WWF Suisse –, les autres freinent par crainte de changements disruptifs et de conséquences sociopolitiques possibles. Une chose est toutefois incontestable: il n'y a pas de retour possible aux certitudes du passé, les solutions doivent être viables pour l'avenir. Il devrait également être clair pour tous que le développement durable n'est possible que par la coopération et le dialogue, surtout lorsque le monde est plus divisé qu'il ne l'a été depuis longtemps.

S'attaquer malgré tout aux « problèmes récurrents » Guerre en Europe, escalades géopolitiques, incertitudes économiques: le monde tourne en mode crise. Dans les débats politiques, les décisions économiques et la vie quotidienne de nombreuses personnes, la durabilité semble passer de plus en plus au second plan: elle reste importante, mais n'est plus la « priorité n° 1 ».

Alors qu'il y a un an, les objectifs climatiques ambitieux et la transformation écologique étaient au centre des préoccupations, ce sont aujourd'hui des notions telles que la sécurité d'approvisionnement et la compétitivité qui dominent, comme autant de contre-positions supposées. On assiste à un retour en arrière: les centrales à combustibles fossiles connaissent un regain d'intérêt, les exigences en matière de protection du climat sont remises en question, les rapports et les réglementations sur la durabilité sont jugés trop coûteux et sont assouplis.

Cette évolution n'est guère surprenante. En temps de crise, la pression s'intensifie pour trouver des solutions rapides à des défis connus depuis longtemps. Les marchés et les systèmes politiques réagissent souvent de manière activiste afin de rattraper les retards accumulés par le passé: l'énergie doit être disponible et abordable, les emplois doivent être garantis et les tensions sociales évitées. La durabilité, qui par définition s'inscrit dans le long terme, est souvent perçue comme un obstacle et balayée d'un revers de main.

Mais cette opposition est réductrice, comme le soulignent les experts. La durabilité n'est pas le contraire de la gestion de crise, mais sa condition préalable. La crise énergétique n'a pas montré que la protection du climat allait trop loin, mais qu'elle était insuffisante, de sorte que la dépendance aux importations de combustibles fossiles est devenue un risque structurel. Et les phénomènes météorologiques extrêmes montrent clairement que l'instabilité écologique entraîne également des coûts économiques et sociaux se chiffrant en milliards.

Un engagement stratégique en faveur d'une plus grande durabilité agit donc comme une assurance: elle est peut-être coûteuse pour le moment, mais très précieuse en cas de sinistre. Investir aujourd'hui dans les énergies renouvelables, les chaînes d'approvisionnement résilientes ou la production économe en ressources permet de réduire la vulnérabilité future aux crises. ### Entre adaptation et retrait

Relever le défi ou plutôt battre en retraite? Dans le monde économique, cette tension est clairement perceptible. Les investissements dans les technologies respectueuses du climat ou les normes sociales sont examinés de manière plus critique lorsque les marges diminuent et que les débouchés sont incertains. Dans le même temps, le scepticisme à l'égard des exigences ESG, parfois perçues comme trop bureaucratiques, trop coûteuses, incohérentes ou difficiles à mettre en œuvre, ne cesse de croître.

D'autres entreprises prennent le contre-pied: elles s'engagent activement, considèrent la durabilité comme un moteur d'innovation, un moyen de minimiser les risques, et misent sur l'efficacité énergétique, l'économie circulaire et la transparence des chaînes d'approvisionnement comme facteurs concurrentiels concrets. La société présente un tableau tout aussi contrasté. Les sondages montrent certes un large soutien de principe à la protection de l'environnement et du climat. Mais dans la vie quotidienne, ces valeurs entrent de plus en plus en conflit avec l'augmentation du coût de la vie. Les produits biologiques, la mobilité durable ou les logements écoénergétiques sont désormais trop coûteux pour beaucoup. La volonté d'accepter des restrictions personnelles diminue lorsque les préoccupations économiques s'intensifient. « La durabilité n'est pas un problème de luxe, mais elle est souvent perçue comme telle », explique Maja Göpel, chercheuse en transformation. « Lorsque les gens ont le sentiment de supporter les coûts tandis que d'autres en profitent, le sujet perd de son acceptation sociale. » Il est essentiel de combiner les objectifs écologiques avec l'équité sociale. D'un point de vue scientifique, la situation est plus claire que le débat public. Selon Reto Knutti, chercheur en climatologie à l'ETH, les preuves du changement climatique causé par l'homme sont incontestables. « Ce qui a changé, ce n'est pas l'état des connaissances, mais l'attention politique et sociale. » ### Les réglementations portent leurs fruits Et pourtant, il serait erroné de parler d'une perte d'importance fondamentale. La durabilité a plutôt « perdu son innocence », comme le soulignent certains commentaires. Elle n'est plus seulement considérée comme un « modèle moralement irréprochable », mais comme un projet de transformation complexe avec des conflits d'objectifs réels. C'est précisément là que réside une opportunité: s'éloigner des promesses séduisantes pour se tourner vers des mesures efficaces qui suivent un plan clair. En effet, il apparaît déjà que les réglementations et les engagements nationaux et internationaux ont un effet.

Selon l'éthicien économique Karl Homann, la durabilité doit aujourd'hui faire ses preuves dans la vie quotidienne de la politique et des entreprises, sous la pression budgétaire, dans un contexte de concurrence mondiale et face à des intérêts contradictoires. Cela la rend moins confortable, mais aussi plus crédible. Les crises actuelles montrent précisément pourquoi la durabilité n'est pas seulement « agréable à avoir ». Le changement climatique aggrave les sécheresses, les migrations et les conflits. La dépendance aux énergies fossiles s'avère être un risque géopolitique. Et la fragilité des chaînes d'approvisionnement révèle la vulnérabilité de l'économie mondiale. La question cruciale n'est donc pas tant de savoir si la durabilité est encore importante, mais plutôt comment elle est mise en œuvre. Si elle est reportée ou édulcorée, il y a de fortes chances que les crises actuelles ne soient que les prémices de crises encore plus graves.

Le climatologue Hans Joachim Schellnhuber l'a résumé ainsi: « La physique ne négocie pas. Que nous ayons d'autres préoccupations ou non, le système climatique s'en moque. Tout retard augmente les risques – écologiques, économiques et sociaux. » La durabilité n'est donc pas une option, mais simplement une question de survie pour les sociétés modernes.

Cet article traite des SDG suivants

Les Objectifs de développement durable (ODD) sont 17 objectifs mondiaux de développement durable convenus par les États membres de l'ONU dans l'Agenda 2030. Ils couvrent des thèmes tels que la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire, la santé, l'éducation, l'égalité des sexes, l'eau propre, les énergies renouvelables, la croissance économique durable, les infrastructures, la protection du climat et la protection des océans et de la biodiversité.

8 - Accès à des emplois décents
12 - Consommation et production responsables
13 - Lutte contre le changement climatique

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