Le système européen d'échange de quotas d'émission a longtemps été considéré comme l'instrument central permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre des installations industrielles et énergétiques dans l'UE au cours des prochaines décennies. Au lieu d'atteindre les objectifs climatiques de la communauté internationale par le biais d'une réglementation fragmentée, Bruxelles a délibérément misé sur un instrument économique avec le prix du CO₂.
Mais aujourd'hui, les responsables politiques et les capitaines d'industrie remettent de plus en plus en question ce discours et s'interrogent sur l'avenir du système d'échange de quotas. Ils mettent en garde contre la hausse des coûts énergétiques, la résistance croissante de la société et la perte de compétitivité de l'industrie européenne. Dans le même temps, les défenseurs du système se mobilisent également. Depuis des semaines, des associations, des entreprises et des économistes publient des lettres ouvertes et des prises de position: certains réclament une réforme en profondeur, voire une suspension temporaire, tandis que d'autres plaident pour le maintien du système.
Une division se dessine également au sein de l'industrie lourde européenne: alors que l'industrie chimique remet ouvertement en question l'avenir du commerce des émissions, les entreprises de l'industrie cimentière continuent de se prononcer en faveur du SCEQE comme instrument central de la politique climatique de l'UE.
Les entreprises industrielles et énergétiques qui investissent déjà dans les technologies propres utilisent quant à elles la situation géopolitique comme argument en faveur d'une transition énergétique accélérée. La guerre contre l'Iran et la hausse des prix du gaz et du pétrole ont montré à quel point la dépendance aux combustibles fossiles était risquée, ont fait valoir les associations européennes de l'énergie et de l'industrie début mars. Une économie compétitive ne peut pas reposer sur des importations d'énergie volatiles, mais doit miser sur l'innovation et les technologies propres. Un système d'échange de quotas d'émission robuste est essentiel à cet égard. Certains gouvernements de l'UE partagent également cette opinion, en particulier dans les pays dont le mix énergétique est moins dépendant des combustibles fossiles.
Pour les observateurs de longue date de la politique climatique européenne, cette critique n'est toutefois pas surprenante. Les débats sur les réformes accompagnent depuis des années le plus ancien système d'échange de quotas d'émission au monde. Ce qui est nouveau, c'est surtout la dynamique politique. Aujourd'hui, une tonne de CO₂ coûte jusqu'à 80 euros, alors qu'il y a dix ans, son prix était encore d'à peine dix euros. Parallèlement, la discussion a pris un nouveau caractère d'urgence au cours des dernières semaines.