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Photo: Martijn Baudoin / Unsplash

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Société

Etre raisonnablement optimiste dans un monde catastrophé

Nous avons de grandes certitudes sur l’état du monde, majoritairement catastrophiques. Confrontées aux réalités statistiques, elles s’avèrent inutilement pessimistes. Le monde va mieux que ce que vous pensez. Et c’est tant mieux!

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L'Atelier de la liberté

Chaque lundi, l'essayiste Nicolas Jutzet propose une chronique pour mieux comprendre pourquoi nous aimons la liberté, et comment elle peut nous aider à répondre aux défis contemporains.

Est-ce que le monde se porte mieux aujourd’hui qu’au moment de votre naissance? Faites le test en posant la question autour de vous, on vous répondra, sauf exception notable, par la négative. En trouvant facilement des raisons de croire que la situation est devenue bien pire de nos jours. Or, c’est une erreur fondamentale. Les raisons qui expliquent ce décalage entre la réalité et notre vision de ce qu’elle est sont nombreuses. Elles ont pour trait commun de nous faire surestimer les aspects négatifs, en perdant de vue l’ensemble.

C’est la conclusion étonnante à laquelle est arrivé le médecin et statisticien suédois Hans Rosling. Etonné par le décalage entre les réponses pessimistes et erronées à ses questions sur l’état du monde, et les faits statistiques souvent encourageants qu’il observait, il s’est mis en tête de réduire cette ignorance. A la suite de sa mort en 2017, la Fondation Gapminder poursuit son œuvre. En 2019, dans sa «Global misconception study», elle a interrogé 15 500 personnes dans 31 pays. Les réponses sont presque toutes en total décalage avec la réalité. Constatant que «Depuis 1970, le revenu moyen dans les dix pays les plus riches a plus que doublé», elle leur a posé la question suivante: dans les autres pays du monde, le revenu moyen a-t-il «plus que doublé», «été divisé par deux» ou «stagné»?

Résultat: 85% des répondants ont choisi l’option 2 ou 3. Seuls 15% savent que dans les pays hors du top 40, les revenus ont en vérité triplé, passant de 3464 dollars en 1970 à 10 688 dollars de nos jours. Le résultat est encore pire quand on interroge les gens au sujet de l’évolution de l’extrême pauvreté au cours des vingt dernières années: 89% répondent qu’elle est restée stable ou a augmenté. Alors qu’elle a baissé de façon réjouissante, passant de près de 30% de la population mondiale en 1999 à moins de 10%. Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, la grande pauvreté a de bonnes chances de devenir marginale. Et nous refusons d’y croire.

Des biais cognitifs

On pourrait multiplier les exemples: alimentation, espérance de vie, alphabétisation et bien d’autres. Le monde va mieux que ce que l’on imagine. Angus Deaton, qui a reçu le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, parle même d’une «grande évasion» de l’humanité. A l’échelle mondiale, la situation continue de s’améliorer. Nous nous focalisons sur des événements marquants car négatifs, et peinons à voir les dynamiques de fond, silencieuses car heureuses.

Si la Suisse ne fait pas partie du panel des pays interrogés par la fondation Gapminder, il n’y a pas de raison rationnelle de croire que les biais qui s’observent ailleurs dans le monde n’ont pas leur équivalent dans nos têtes. En Suisse comme partout, le pessimisme fait recette. Un élément fascinait Hans Rosling: même en répondant au hasard, l’être humain arriverait à un résultat plus proche de la réalité que celui qu’il obtient en répondant à son questionnaire. Autrement dit, et ce, peu importe notre niveau de formation, nos croyances sur l’état du monde nous rendent aveugles.

Les défis à surmonter restent bien évidemment nombreux. Il est d’autant plus important d’éviter de s’embarrasser de fausses vérités qui nous empêchent d’avancer. Car, comme le dit Johan Norberg, un autre optimiste réaliste, la principale explication de la nostalgie du «bon vieux temps», c’est le manque de mémoire. Alors, soyez comme Hans Rosling, raisonnablement optimiste. Le monde vous déprime? Lisez son livre Factfulness. Penser clairement ça s’apprend!

Nicolas Jutzet, «Le Temps» (22.04.2024)

Sustainable Switzerland publie ici des contenus de Le Temps.

Cet article est publié sous

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