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Économie: Management

Vers une réussite durable des entreprises

L’économie doit devenir plus durable. En quoi consiste une stratégie d’entreprise crédible et globale dans les domaines de l’environnement, de la société et de la gestion d’entreprise?

En bref

  • La direction de l’entreprise doit s’engager pour la durabilité.
  • Il faut impliquer les parties prenantes.
  • La gestion de la durabilité fonctionne par étapes: de l’analyse à la communication externe.
  • Rien ne peut fonctionner sans objectifs et mesures chiffrés.
  • Il faut une évaluation régulière et obligatoire.
  • La durabilité coûte du temps et de l’argent, et ne se rentabilise que sur le long terme.

La clientèle, le personnel et les investisseurs attendent de plus en plus des entreprises des produits durables et une gestion responsable, garante d’une réussite commerciale à long terme. Par ailleurs, les exigences réglementaires augmentent. De plus en plus d'entreprises doivent donc développer une stratégie globale dans les domaines de l'environnement, de la société et de la gouvernance d'entreprise. On parle de critères ESG, où E signifie Environnement, S Social et G Gouvernance. Le grand objectif est de faire migrer l'économie vers une gouvernance durable des entreprises, qui tienne compte des intérêts de toutes les parties prenantes, y compris ceux de l'environnement. Qu'est-ce que cela signifie exactement ?

Qu’implique la gestion de la durabilité ?

Afin d’être crédible dans sa démarche de durabilité, une entreprise doit adopter une gestion sérieuse de la durabilité. Pour le dire simplement, l'objectif est d'identifier et d'éviter, ou du moins d'atténuer, les effets négatifs des activités propres à l'entreprise et des activités qui en découlent dans les chaînes d'approvisionnement et ce, sur les personnes et l'environnement. Dans le même temps, une bonne gestion de la durabilité doit également analyser les nouveaux risques pour l'entreprise, en particulier ceux liés au climat, et, si nécessaire, se préparer en conséquence.

Étapes de la gestion de la durabilité

La gestion de la durabilité suit neuf étapes de processus claires.

Gestion de la durabilité – les principales étapes

1. Engagement en faveur de la durabilité Tout commence avec la volonté de changer: la direction de l’entreprise doit prendre et documenter un engagement en faveur de la durabilité. La durabilité n'est pas un état de fait, mais un principe d'action que la direction doit incarner, prendre en compte dans l'élaboration de sa stratégie et mettre en œuvre dans la culture de l'entreprise. Elle s’accompagne souvent d’une vision et d’un ensemble de valeurs, dont le contenu se reflète dans un code de conduite pour les employés et un autre pour les fournisseurs. Ces codes sont des lignes directrices pour la conduite des affaires au quotidien et pour l’attribution de commandes aux fournisseurs. Les décisions stratégiques et opérationnelles ne doivent pas être prises uniquement en fonction des objectifs de croissance ou de bénéfice, mais aussi en fonction de leurs conséquences sur les personnes et l'environnement.

2. Analyse du statu quo Tout d'abord, chaque entreprise doit savoir où elle en est en matière d’ESG. Dans cette analyse, les entreprises suivent, à juste titre, les exigences réglementaires et les normes internationales en matière de rapports sur la durabilité. Le contenu porte sur les risques, les opportunités et les conséquences: les conséquences environnementales telles que les émissions ayant un effet sur le climat ou les volumes de déchets, les conditions de travail équitables et sûres y compris dans les chaînes d'approvisionnement, ou la lutte contre la corruption, pour ne citer que quelques-uns des principaux «sujets de durabilité». Les prestataires peuvent aider à analyser l'impact de l’activité sur l'environnement et la société à l'aide de données quantitatives et d'informations qualitatives. Ils mesurent également les risques et les opportunités internes et externes pour l’entreprise, en particulier ceux liés au climat.

3. Élaboration de la stratégie: champs d'action et objectifs L'analyse révèle dans quels domaines il faut agir et dans quel ordre de priorité. Cela permet de définir les champs d'action appropriés au sein de l’entreprise. Et une fois que vous savez où vous en êtes et ce qui manque, vous pouvez déterminer où vous voulez aller et dans quel délai. Les cadres internationaux tels que les ODD ou les SBT (Science Based Targets, «objectifs fondés sur la science») sont utiles pour la définition de tels objectifs. Il ne faut pas perdre de vue qu’il n’y a pas de solution toute faite si l’on veut une stratégie de durabilité qui corresponde vraiment à l'entreprise. L’entreprise doit respecter les exigences réglementaires en vigueur dans son pays et à l'étranger (attention: conformité!), élaborer des plans d'action (feuilles de route) pour atteindre les objectifs fixés, et mettre en place des mécanismes d'évaluation. Une stratégie de durabilité n'est pas là pour «faire joli», elle est inextricablement liée à la stratégie de l'entreprise. Autrement dit, il n'y a qu'une seule stratégie d'entreprise, qui est durable ou qui ne l’est pas.

4. Des responsabilités claires La responsabilité de la stratégie et de la gestion de la durabilité incombe au conseil d'administration (CA). Ces questions doivent être réparties de façon documentée au sein de cet organe de contrôle suprême. La mise en œuvre de la stratégie et de la gestion opérationnelle, par exemple en ce qui concerne les analyses des risques ou la mise en œuvre et l'évaluation de projets de durabilité, peut ensuite être déléguée à plusieurs niveaux, selon la taille de l'entreprise. Une coordination centrale au sein de l'entreprise faisant le lien avec la direction et le CA peut s’avérer utile. Une telle structure organisationnelle en matière de durabilité fait partie de la gouvernance d'entreprise, c'est-à-dire de la gestion de l'entreprise, qui relève in fine de la responsabilité du CA.

5. Rapports Les exigences réglementaires imposées aux entreprises en matière de rapports non financiers ont augmenté ces dernières années. En plus des lois et des règlements, le reporting est également soumis à une multitude de normes internationalement reconnues qui n'ont pas force de loi. Ce qu’il faut bien comprendre, c'est que la qualité des rapports ne reflétera que la qualité de la gestion de la durabilité, à moins de s’adonner au greenwashing.
Les rapports s’appuient souvent sur une analyse de l'importance relative, un concept bien connu dans le domaine des rapports financiers. Dans cette analyse, qui prend le plus souvent la forme d'ateliers avec la direction et d'enquêtes supplémentaires auprès des parties prenantes, l'entreprise définit les sujets «essentiels» à intégrer aux rapports. Les deux critères de sélection (principe de double importance) peuvent être résumés de cette façon:

  • risques, opportunités et conséquences réels et potentiels de l’activité sur les personnes et l'environnement,
  • risques et opportunités externes et internes essentiels à la réussite de l'entreprise.

Premièrement, on voit que tout est question de point de vue. Deuxièmement, pour pouvoir rendre compte des risques, des opportunités et des conséquences, il faut que les procédures de diligence soient mises en œuvre au sein de l’entreprise et dans sa chaîne d'approvisionnement. Tout cela fait partie de la gestion de la durabilité.

6. Collecte de données et recherche d'informations En fonction des principaux sujets définis par l'analyse de l'importance relative, on définit des indicateurs, on recueille les données quantitatives correspondantes et on rassemble des informations qualitatives. Cela se fait généralement sur une base annuelle, dans le respect de normes internationalement reconnues, telles que le protocole sur les gaz à effet de serre pour les données relatives aux émissions de CO2.

7. Évaluation continue La collecte et l’interprétation constantes de chiffres clés comparables d’une année à l’autre constituent un élément central de la gestion de la durabilité. C'est le seul moyen de contrôler l'efficacité des mesures et de gérer de façon proactive le développement durable de l'entreprise.

8. Sensibilisation du personnel Les entreprises qui souhaitent opérer de manière durable doivent emporter l’adhésion de tous les employés. Ce n'est que s'ils sont bien informés, motivés et convaincus que la durabilité leur est bénéfique et qu’elle ne leur fera pas de tort que leur comportement changera dans leur travail quotidien. Prenons par exemple les trajets domicile-travail: les possibilités de télétravail, les incitations à utiliser les transports publics ou la mise à disposition de bornes de recharge pour voitures électriques par l'employeur peuvent faire évoluer les comportements et améliorer l’empreinte environnementale de l'entreprise. Ce changement culturel doit également être accompagné par un management approprié au sein de l'entreprise, notamment avec des communications internes et des projets visant à sensibiliser le personnel.

9. Communication externe Au-delà des rapports obligatoires, il est important pour l'entreprise de communiquer pour soigner son image d’acteur durable. Une règle d’or: fais le bien, et parles-en! Mais les dangers du greenwashing ne doivent pas être négligés. La communication au sens large fait également partie de la gestion de la durabilité.

C’est un fait: la durabilité devient la norme pour les entreprises.

54  %

des entreprises suisses ont déjà une stratégie de durabilité, selon une étude de la Commerzbank.

Source: commerzbank.ch (chiffres 2021)

Les principes majeurs

La durabilité fait partie intégrante de la gestion de l'entreprise En tant que principe d'action, la durabilité doit être un critère central dans toutes les décisions stratégiques et activités opérationnelles de l'entreprise. Il est important d'éviter ou d'atténuer les effets négatifs de ses propres activités commerciales et de celles de ses chaînes d'approvisionnement sur les personnes et l'environnement. Par exemple, les multinationales doivent vérifier que les droits humains soient respectés tout au long de leur chaîne d'approvisionnement et que les normes de l'Organisation internationale du travail (OIT) soient appliquées. Lorsque des déficits et des effets négatifs sont identifiés, des mesures correctives doivent être prises.

Les parties prenantes doivent être impliquées Si les entreprises ont des champs d'action centraux et des sujets clés (cf. analyse de l'importance relative) pour leur gestion de la durabilité, le point de vue des parties prenantes doit être pris en compte, par exemple au moyen d'enquêtes ou d’échanges. Les parties prenantes incluent les employés, les clients, les fournisseurs, les représentants du monde politique et de l'administration, les partenaires commerciaux, les médias, etc. Cela permet à l’entreprise d’orienter sa gestion vers les sujets considérés comme essentiels par ses parties prenantes, et pas seulement par l'entreprise elle-même

Des procédures normalisées assurent la transparence et la comparabilité La bonne nouvelle est que les entreprises peuvent adhérer à des standards, des cadres, des normes ou des certifications internationaux pour leur gestion de la durabilité et leurs rapports. Cela crée de la transparence et assure la comparabilité des performances.
La mauvaise nouvelle est qu'il y a tant de possibilités que les entreprises doivent bien se renseigner sur celles qui peuvent leur convenir et leur être utiles. Cela peut varier considérablement selon le secteur, le sujet (par exemple, la gestion de l'environnement ou de la qualité, la sécurité des produits, les questions de personnel ou les droits humains), le niveau d'ambition ou la pression de la concurrence.

À propos des ODD: les objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies de 2015 ne sont pas des normes stricto sensu. Les 17 objectifs, avec leurs 169 sous-objectifs, sont plutôt la «vue d’ensemble» de la durabilité, qui montre la voie à suivre dans une perspective globale.

Rapports réguliers Au-delà des obligations légales en matière de rapports, les entreprises ont tout intérêt à jouer la carte de la transparence et de la traçabilité quant à leurs objectifs, leurs champs d'action, leurs activités, leurs méthodes, leurs progrès et leurs réussites, mais aussi quant aux objectifs qui n'ont peut-être pas encore été atteints, en interne comme en externe. Et ce, régulièrement, une fois par an en général.

Les plus grands défis

  • Contrôle des chaînes d'approvisionnement
  • Pénurie de compétences et de personnel
  • Motivation du personnel

La question de la durabilité n’est pas un projet que l’on peut finir par cocher à un moment donné. La gestion durable de l'entreprise est une tâche permanente, qui transforme la culture de l'entreprise. En ce qui concerne la communication externe, toutes les entreprises s'inquiètent du fait que la collecte de données pourrait mettre en lumière de «mauvaises nouvelles». Voici les trois principaux défis en matière de gestion:

Contrôle des chaînes d'approvisionnement C’est généralement l’exercice de la diligence raisonnable qui pose le plus de difficultés, en particulier en ce qui concerne l'environnement, les questions de personnel, les droits humains, la corruption, etc. dans les chaînes d'approvisionnement, ainsi que l’implication de toutes les filiales dans les efforts de durabilité.

Pénurie de compétences et de personnel De nombreuses PME n'ont pas encore intégré la durabilité à leur stratégie d'entreprise et à leurs activités quotidiennes. Elles manquent souvent de compétences et de personnel. L'acquisition de ces connaissances nécessite du temps et de l'argent. Dans le même temps, la concurrence, les clients, les employés et les financeurs leur mettent la pression en matière de durabilité. Tous veulent savoir si l'entreprise se positionne dans tous ces domaines de manière à être compétitive à long terme sur le marché.

Motivation du personnel Si la culture d'entreprise doit changer, vous devez emporter l’adhésion de tous les employés. De plus, s’occuper de la durabilité entraîne un travail supplémentaire, ce qui n'est souvent pas bien accueilli. Les ressources humaines et la communication interne doivent être sollicitées pour créer des incitations au changement.

Tendances actuelles

  • Responsabilisation des conseils d'administration
  • Reporting intégré
  • Engagement volontaire envers des objectifs climatiques standardisés

Responsabilisation des conseils d'administration Les exigences, normes et cadres réglementaires en matière de durabilité convergent tous vers la même idée: la transformation vers une gouvernance d'entreprise durable est l’affaire de la direction. Autrement dit, les conseils d'administration doivent s’investir plus que par le passé. Ils doivent jouer un rôle actif dans la gestion de la durabilité, désigner des responsables au sein du CA et se former dans le domaine. En outre, il est de plus en plus recommandé d'intégrer à la rémunération de la direction une composante de performance pour la durabilité.

Reporting intégré Le reporting d’entreprise et les rapports sur la durabilité connaissent une forte expansion dans le monde entier depuis de nombreuses années. De plus, l'UE a adopté en 2022 une directive sur la durabilité (directive sur la publication d'informations en matière de durabilité par les entreprises CSRD) et publie encore en 2023 de nouvelles normes (normes européennes applicables à l’information en matière de durabilité ESRS), qui obligeront les entreprises à inclure toutes les informations non financières à leurs rapports annuels.

Engagement volontaire envers des objectifs climatiques standardisés Les entreprises doivent se fixer des objectifs climatiques pour contribuer à la mise en œuvre de l’Accord de Paris (limiter le réchauffement planétaire à moins de 2 degrés Celsius). Dans les entreprises, la tendance est à la réduction des émissions de gaz à effet de serre sur une trajectoire de diminution clairement définie, selon l'approche scientifique de la «Science Based Targets Initiative» (SBTi). En Suisse, des objectifs volontaires ont été convenus entre la Confédération et les entreprises. Il leur est demandé de s’engager à réduire de moitié les émissions de CO2d'ici 2030 et à atteindre le zéro émission nette d'ici 2050. Cet accord est l'une des conditions préalables pour être exempté de la taxe sur le CO2.

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