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Société

Avec le «slow travel», partir pour (enfin) ralentir

Les matériaux techniques des vêtements sportifs ont un coût écologique trop important. Alternatives naturelles, démarche «zéro plastique» et réinvention du synthétique, les initiatives se multiplient pour préserver l’environnement sans nuire aux performances.

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«Arrivée à l’aéroport Willy-Brandt de Berlin vendredi à 18h45. Hôtel booké pour deux nuits dans le quartier de Mitte. Dîner au restau Nante-Eck. Samedi: visite du Mémorial de l’Holocauste, du Reichstag et arrêts au Checkpoint Charlie et à la porte de Brandebourg. Penser à réserver le resto du soir à côté du théâtre de Berlin. Dimanche: rdv 8h au château de Charlottenburg, visite du Musée juif et passage au mur de Berlin. Départ vol retour à 17h30.»

Vous les connaissez peut-être, ces programmes surchargés de week-ends «express». Le problème: on en revient plus fatigué qu’avant le départ. Mais pourquoi choisir de vivre la fast life, même en vacances? De nombreux voyageurs prennent le contrepied de ce tourisme-boulimie en privilégiant une autre option devenue tendance: le slow travel, ou slow tourisme. Mot d’ordre: ralentir. A l’ère de technologies toujours plus rapides, du partage en temps réel sur les réseaux et des infos en continu, le calme, la simplicité, et une forme – discutable, car toujours relative – d'«authenticité», sont devenus des priorités.

«Prendre le temps de prendre le temps»

Bruno Maltor, baroudeur et auteur du blog Votre Tour du monde, en est un adepte. «L’idée est de prendre le temps de prendre le temps. C’est le contre-courant de la tendance qui nous pousse à visiter un endroit uniquement pour faire sa photo Instagram avant de filer. L’opposé du all in perpétuel», décrit le globe-trotteur. Certes, son activité de digital nomad facilite les choses: plutôt que de se lancer dans un marathon touristique, Bruno a tiré parti de plusieurs de ses voyages en s’installant sur un temps long dans des villes comme Prague, Budapest ou Lisbonne. Une opportunité que la pandémie a favorisée, de nombreuses entreprises offrant désormais à leurs employés la possibilité de travailler un mois par an depuis le pays de leur choix, ce que beaucoup combinent à leurs congés annuels.

Fabienne et Benoît, deux Romands créateurs du blog «Novomonde», ont décidé de changer de rythme en plein tour du monde. Après un premier mois de voyage en accéléré en Chine, le couple a finalement choisi de rester plus longtemps là où il se sentait bien. «On s’est vite rendu compte que voyager en se pressant n’allait pas nous convenir. On a prolongé notre périple de sept mois et on a visité moins de lieux et de pays que prévu», relatent-ils. Un week-end express programmé à Quito s’est finalement transformé en trois mois de vie sur place, à la mode équatorienne. «On s’est créé une véritable routine. On faisait nos courses au marché local et dans les petites épiceries de quartier, on prenait des cours d’espagnol tous les matins et on sortait souvent avec nos professeurs», poursuivent-ils.

Dernièrement, ces amoureux du voyage ont posé leurs valises plusieurs mois dans un espace de coliving en Galice, au nord-ouest de l’Espagne. Une occasion de s’initier aux danses et aux instruments du cru et de participer à un projet de replantation de chênes endémiques.

Libres et lents, même pour une semaine

Mais voyager lentement ne signifie pas nécessairement voyager longtemps: la limite de vitesse peut être bonne à intégrer même pour une semaine de vacances. Virginie, trentenaire qui s’évade souvent pour de courtes durées, est à l’origine du blog My Wild Travel et ne veut plus voyager autrement. «C’est un rythme qui permet de respecter les besoins émotionnels. Je profite des voyages pour discuter avec les commerçants et les artisans ou même parfois donner un coup de main dans les associations du coin».

Le slow travel, c’est aussi laisser libre cours aux aléas du voyage. Aux circuits tout faits des tour-opérateurs, ses adeptes préfèrent la flexibilité et la liberté d’itinéraire. L’hiver dernier, Enora, chargée de prévention dans une association, a démissionné pour partir voir du pays. Une escapade, plutôt seule, de quelques mois. Quand d’autres auraient misé sur un tour du monde, elle a choisi un séjour au Sri Lanka et en Inde. «J’ai feuilleté mon guide Lonely Planet au dernier moment, dans l’avion, et je n’avais réservé que mes deux premières nuits d’hébergement. Je voulais me laisser porter au jour le jour par mon voyage et mes rencontres».

A peine débarquée en Inde, la «backpackeuse» a passé sa journée avec un Indien rencontré par hasard. «Il m’a fait visiter la ville, m’a indiqué un boui-boui sympa pour déjeuner et m’a initiée au thé servi par un marchand au coin de la rue.» Une belle occasion de tisser des liens. Le globe-trotteur Bruno Maltor a vécu le même genre d’expérience lors d’un voyage en Sicile, où il s’est vu inviter à déguster un plat traditionnel chez un papi sicilien qui ne parlait pas un mot de français ni d’anglais.

«Le trajet fait partie du voyage»

Les trajets longs et lents ne leur font pas froid aux yeux, au contraire, ils font partie de la décélération. La blogueuse Virginie a troqué les vols pour son van. Bruno Maltor, quant à lui, a opté dernièrement pour une descente en train depuis Paris jusqu’à une discrète île sicilienne pour y séjourner dix jours. «La plupart des touristes prennent l’avion pour passer un week-end à Palerme. J’ai préféré le rail vers l’île de Pantelleria, peuplée d’à peine 7000 habitants. C’était magnifique et je n’y ai pas croisé un seul touriste!», précise le baroudeur.

Pour un slow traveler, rejoindre une île sans brûler son empreinte carbone n’a rien d’insurmontable. C’est en tout cas ce qu’a prévu Tom, néophyte en la matière, qui avec ses amis enchaînera train, bus et ferry vers l’Irlande. «Le trajet fait vraiment partie du voyage. L’idée de faire 24 heures de parcours pour aller aussi loin, dont 17 heures en ferry, m’intrigue beaucoup. On prend vraiment conscience de la notion des distances. C’est sûr qu’un vol Paris-New York aurait mis moins de temps». Si le trajet choisi coûte deux fois plus cher qu’un vol low cost, pour le trio, l’expérience en vaut largement la peine. Itinéraire prévu? Deux semaines de vadrouille et de treks entre Cork et Dublin, deux villes séparées d’à peine 250 km. Le reste: «improviser sur place et profiter».

Pauline Ducousso, Le Temps (22.04.2023)

Sustainable Switzerland publie ici des contenus du Le Temps.

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